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Dos, os & douleurs · Guide pour les patients

Arthrose de la main

Guide d'auto-rééducation et de prise en charge

9 chapitres · 18 min en tout
Données scientifiques actualisées 2024Dr Jonathan Favre — Maison de Santé du Triolo — Villeneuve d'Ascq

L'essentiel en 5 points

  1. L'arthrose de la main est une maladie de toute l'articulation qui évolue par poussées ; on ne sait pas la freiner, mais on soulage bien les symptômes avec de bonnes habitudes.
  2. Le meilleur médicament, c'est le mouvement : au moins 3 séances d'exercices par semaine, pendant les périodes calmes.
  3. Pendant une poussée inflammatoire (main gonflée, chaude, douloureuse au repos) : arrêt des exercices, repos, froid, et consultez.
  4. Le gel anti-inflammatoire est le médicament de première intention ; l'ergothérapie et les orthèses aident à protéger les articulations au quotidien.
  5. Faire craquer ses doigts ne donne pas d'arthrose.
Chapitre 1 sur 9

Comprendre l'arthrose de la main

Mécanisme, zones touchées, rôle des hormones, évolution par poussées

L'arthrose de la main est une maladie de toute l'articulation — pas seulement du cartilage. Elle touche 1 personne sur 3 après 60 ans, plus souvent les femmes. Longtemps considérée comme une simple "usure mécanique", elle est aujourd'hui reconnue comme une maladie complexe, impliquant des mécanismes inflammatoires, métaboliques et génétiques.

Comment l'arthrose se développe-t-elle ?

  1. 1. Le déclencheurUne contrainte répétée ou excessive — surpoids, travail manuel, traumatisme — dépasse la capacité d'adaptation du cartilage et déclenche le processus.
  2. 2. Souffrance du cartilageLes cellules du cartilage (chondrocytes) — seules capables de l'entretenir — s'épuisent et fabriquent moins de collagène et de protéoglycanes, la "colle" qui donne au cartilage son élasticité et son épaisseur.
  3. 3. Inflammation chroniqueLa membrane articulaire (synoviale) produit des molécules inflammatoires — interleukine-1β, TNF-α — qui activent des enzymes destructrices du cartilage (métalloprotéases). C'est l'inflammation de "bas grade", silencieuse mais continue.
  4. 4. L'os réagitL'os sous le cartilage se densifie (sclérose sous-chondrale) et forme des excroissances osseuses (ostéophytes) pour tenter de stabiliser l'articulation — visibles à la radio comme des "becs de perroquet".
  5. 5. Le cercle vicieuxLes débris de cartilage dans le liquide articulaire relancent l'inflammation, qui détruit davantage de cartilage. Aucun traitement ne freine aujourd'hui ce cercle de façon prouvée ; l'exercice et les orthèses soulagent la douleur et préservent la fonction.

Ce que l'arthrose EST vraiment

  • Une maladie de toute l'articulation : cartilage, os, synoviale, ligaments et muscles
  • Une maladie active avec une inflammation chronique de bas grade
  • Une maladie multifactorielle : âge, génétique, poids, travail, hormones
  • Une maladie dont on peut soulager les symptômes et préserver la fonction avec de bonnes habitudes

Ce que l'arthrose N'EST PAS

  • Pas une fatalité liée uniquement à l'âge — de jeunes adultes peuvent en souffrir
  • Pas une maladie qui "progresse toujours" — de longues périodes de stabilité sont fréquentes
  • Pas une raison de s'immobiliser — le repos total aggrave la situation
  • Pas causée par le fait de faire craquer ses doigts (voir le chapitre « Faire craquer ses doigts »)

Pourquoi la main est-elle si souvent touchée ?

La main contient 27 os et de nombreuses petites articulations soumises à des milliers de micro-contraintes quotidiennes (écriture, cuisine, téléphone, jardinage…). Trois zones sont particulièrement vulnérables :

Base du pouce — RhizarthroseArticulation en "selle", très mobile, très sollicitée pour toutes les prises. La plus fréquente et la plus invalidante des arthroses de la main.
Extrémité des doigts — Nodosités de Heberden (IPD)Petites bosses dures souvent héréditaires. Très fréquentes chez la femme après la ménopause. Évoluent généralement vers une stabilisation.
Milieu des doigts — Nodosités de Bouchard (IPP)Plus rares, mais limitent davantage la flexion des doigts. Souvent associées aux nodosités de Heberden.

Pourquoi les femmes sont-elles plus souvent touchées après 50 ans ?

Les œstrogènes exercent un effet protecteur sur le cartilage articulaire et la masse osseuse. Leur chute brutale à la ménopause accélère la dégradation du cartilage et favorise l'apparition ou l'aggravation de l'arthrose — en particulier aux doigts et au pouce. Les récepteurs aux œstrogènes, présents dans les chondrocytes, pourraient expliquer cette vulnérabilité spécifique au genre féminin après 50 ans. En revanche, aucun essai n'a montré que le traitement hormonal de la ménopause protège de l'arthrose.

Illustrations médicales

Squelette schématique de la main droite vue de dos. Les articulations colorées sont celles que touche le plus souvent l'arthrose : interphalangiennes distales et proximales, et base du pouce.La même main avec de l'arthrose : nodosités de Heberden au bout des doigts, nodosités de Bouchard au milieu des doigts, articulations pincées et arthrose de la base du pouce (rhizarthrose).

Anatomie normale de la main

Figure 1 — Anatomie normale : Vue dorsale montrant les os, cartilages articulaires (bandelettes colorées) et articulations. Les articulations interphalangiennes distales (IPD), proximales (IPP) et trapézo-métacarpienne (base du pouce) sont les sites privilégiés de l'arthrose.

Main avec arthrose — lésions radiologiques

Figure 2 — Arthrose évoluée : Pincement articulaire, nodosités de Heberden (IPD), nodosités de Bouchard (IPP), ostéophytes, sclérose sous-chondrale, arthrose trapézo-métacarpienne et déformation articulaire.

Évolution par poussées

L'arthrose alterne des périodes calmes (peu ou pas de douleur) et des poussées inflammatoires (douleur + gonflement + chaleur locale). Les exercices se pratiquent pendant les périodes calmes. Pendant les poussées : repos, froid et traitement médical.

Chapitre 2 sur 9

Faire craquer ses doigts donne-t-il de l'arthrose ?

Un mythe réfuté par la science

Non — c'est un mythe solidement réfuté par la science.

Le bruit du craquement est causé par l'éclatement de microbulles de gaz dissous dans le liquide synovial (le liquide qui lubrifie l'articulation) — phénomène appelé cavitation articulaire. C'est un phénomène purement physique, sans aucune conséquence destructrice sur le cartilage.

La preuve la plus célèbre : le Dr Donald Unger (allergologue américain, Prix Ig Nobel de médecine 2009) a fait craquer les doigts de sa main gauche au moins deux fois par jour pendant 60 ans, en préservant sa main droite comme témoin. À l'examen clinique et à la radiographie : aucune différence d'arthrose entre les deux mains. Des études récentes (Boutin et al., 2017) confirment l'absence de différence d'épaisseur du cartilage et de force de préhension entre les personnes qui craquent leurs doigts et celles qui ne le font pas.

Ce que dit la science

  • Aucune étude n'a établi de lien entre craquement volontaire et arthrose
  • Pas de différence de force de préhension entre craqueurs et non-craqueurs
  • Pas de différence d'épaisseur de cartilage à long terme
  • Effet de soulagement de tension locale possible et bénin

Quand un craquement doit-il alerter ?

  • Craquement accompagné de douleur franche
  • Gonflement ou rougeur qui apparaît après
  • Craquement suite à un traumatisme récent
  • Articulation qui se bloque lors du craquement

Sources : Unger DL. Arthritis Rheum 1998 ; Boutin RD et al. J Am Board Fam Med 2017 ; Kim Stearns, Cleveland Clinic 2023.

Chapitre 3 sur 9

Exercices d'auto-rééducation

Renforcement, mobilisation, auto-massage

Le meilleur médicament, c'est le mouvement. Les études montrent des bénéfices sur la douleur, la raideur et la fonction dès 1 à 3 mois de pratique régulière. Recommandé en toute autonomie à domicile. (Méta-analyse JOSPT 2024 — 14 études, 1341 patients)

Fréquence

au moins 3 séances/semaine pour être efficace sur le long terme. 15 à 20 minutes par séance. À éviter pendant les poussées inflammatoires (douleur + gonflement + chaleur).

Programme hebdomadaire type

Lun

  • Exercices

Mar

  • Repos

Mer

  • Exercices

Jeu

  • Repos

Ven

  • Exercices

Sam

  • Repos

Dim

  • Repos

Renforcement musculaire

Écartement des doigts avec élastique

Illustration : Main vue de dos, un élastique fin passé autour des quatre doigts longs, les doigts s’écartent contre la résistance

5 répétitions · 5 sec maintien · 3×/semaine

Comment faire : Placez un élastique fin autour de vos 4 doigts longs. Écartez-les contre la résistance aussi loin que possible. Tenez 5 sec, relâchez doucement.

Bénéfice : Renforce les petits muscles interosseux qui stabilisent les articulations.

Élastique souple uniquement. Douleur à la base des doigts : réduire la résistance.

Vidéo

Opposition pouce-doigts (le "O" parfait)

Illustration : Main vue de profil côté pouce : le bout du pouce touche le bout de l’index et forme un « O » bien rond, les autres doigts restent tendus

5 rép. × 4 doigts · 5 sec maintien · 3×/semaine

Comment faire : Placez l'ongle du pouce contre l'ongle de l'index pour former un "O" le plus rond possible. Tenez 5 sec. Répétez avec le majeur, l'annulaire, l'auriculaire.

Bénéfice : Renforce les muscles du pouce, améliore la prise en pince. Exercice clé pour la rhizarthrose.

Douleur intense à la base : faire le geste sans résistance d'abord.

Vidéo

Pression contre balle souple

Illustration : Une main tient une balle souple dans la paume, les doigts arrondis autour en forme de « C », le pouce appuie doucement sur la balle

5–10 répétitions · 5 sec maintien · 3×/semaine

Comment faire : Tenez une balle souple dans la paume. Appuyez le pouce contre la balle sans écraser. Tenez 5 sec. Puis fermer tous les doigts autour et serrer doucement.

Prises arrondies en "C" (comme si vous saisissiez une balle de tennis). Jamais du bout des doigts.

Vidéo

Ouverture du pouce (abduction)

Illustration : La tranche de la main posée sur une table, doigts tendus, le pouce s’éloigne le plus loin possible de la paume vers le haut

5 répétitions · 5–10 sec maintien · 3×/semaine

Comment faire : Posez la tranche de la main sur une table. Éloignez le pouce de la paume le plus loin possible. Tenez 5–10 sec, relâchez lentement.

Bénéfice : Renforce les muscles stabilisateurs de la base du pouce (rhizarthrose).

Vidéo

Mobilisation articulaire

Fermeture en poing souple

Illustration : Main vue de dos fermée doucement en poing souple, le pouce posé par-dessus les doigts, sans serrer

10 répétitions · Lent et doux · Quotidien

Comment faire : Tendez la main. Fermez doucement en poing souple, pouce par-dessus. Rouvrez lentement, complètement. Ne pas serrer fort.

Bénéfice : Mobilise toutes les articulations. Réduit la raideur matinale.

Vidéo

Étirement du pouce en ouverture

Illustration : Une main paume vers le haut ; l’autre main saisit la base du pouce et le tire doucement vers l’extérieur

5 étirements · 10 sec maintien · 10 sec repos

Comment faire : Paume vers le haut. Avec l'autre main, tirez doucement le pouce vers l'extérieur. Tenez 10 sec. Relâchez 10 sec. Répétez 5 fois.

Saisir la base du pouce (pas l'ongle) pour éviter de forcer les petites articulations du dessus.

Vidéo

Toucher des doigts avec le pouce

Illustration : Main vue de face : la pulpe du pouce vient toucher successivement le bout de chaque doigt, ici l’auriculaire

5–10 répétitions · Tenir 3–5 sec · 3×/semaine

Comment faire : Touchez successivement chaque doigt avec la pulpe du pouce. Tenez 3–5 sec à chaque fois. Faites aller et retour.

Bénéfice : Mobilise la base du pouce dans tous ses axes. Entretient souplesse et coordination.

Vidéo

Auto-massage quotidien

Illustration : Une main masse la base du pouce de l’autre main par petits cercles doux

5 minutes · Mouvements circulaires · Quotidien

Comment faire : Massez doucement la base du pouce, chaque articulation de doigt avec l'autre main. Petits cercles autour de chaque zone rouge. Sans appuyer trop fort.

Bénéfice : Réduit les tensions, améliore la circulation, diminue la douleur.

Idéal après chaleur ou après application de gel anti-inflammatoire.

Vidéo

Pendant une poussée inflammatoire : si votre main est gonflée, chaude et très douloureuse au repos — arrêtez les exercices. Repos, froid (poche de glace 10 min) et consultez. Les exercices reprennent dès que la poussée est calmée.

Chapitre 4 sur 9

Chaleur locale et orthèses

La chaleur avant les exercices, le froid pendant les poussées, les orthèses

La chaleur avant les exercices

Bain de paraffineLa méthode la plus efficace. Cire à 48–52°C, 15–20 min avant les exercices. Appareils disponibles en pharmacie (30–80 €).
Poche chauffante10–15 min sur les mains avant les exercices. Enveloppez dans un tissu pour éviter les brûlures.
Bain de mainsEau à 38–40°C pendant 10–15 min. Profitez-en pour faire les exercices de mobilisation dans l'eau.
Gants chauffantsGants chauffants électriques pour réduire la raideur matinale. Utiles en hiver.

Froid pendant les poussées

poche de glace 10 min, 3–4 fois/jour. Jamais directement sur la peau.

Orthèses et attelles

Orthèse de repos du pouce

  • Maintient le pouce en position de repos, supprime la douleur
  • Porter la nuit et lors des activités douloureuses (cuisine, jardinage)
  • Sur mesure par ergothérapeute ou kinésithérapeute, ou en pharmacie
  • Ne pas porter toute la journée : les muscles doivent continuer à travailler
  • Prescrite par votre médecin, remboursée par l'Assurance Maladie

Orthèse pour les doigts

  • Petits anneaux ou manchons souples pour les articulations douloureuses
  • Stabilisent l'articulation tout en permettant le mouvement
  • Utiles lors des activités manuelles prolongées
  • L'ergothérapeute vous apprendra à les utiliser efficacement
Chapitre 5 sur 9

Ergothérapie — Adapter votre quotidien

Principes de protection articulaire, conseils par activité

L'ergothérapie est une spécialité paramédicale dont l'objectif est de vous aider à conserver votre autonomie dans toutes les activités de la vie quotidienne malgré l'arthrose de la main. L'ergothérapeute analyse vos gestes, votre environnement, et propose des solutions personnalisées.

Recommandation EBM

L'ergothérapie (conseils de protection articulaire, adaptation des activités, orthèses, aides techniques) est recommandée par EULAR (2018) pour l'arthrose de la main. Elle réduit la douleur et améliore la capacité fonctionnelle à 3–6 mois. En cabinet libéral, elle n'est pas remboursée par l'Assurance Maladie (elle l'est à l'hôpital et dans certaines structures) ; certaines mutuelles la prennent en charge.

Les 5 principes fondamentaux de protection articulaire

Répartir les chargesUtiliser les grandes articulations plutôt que les doigts. Portez les sacs dans le creux du coude, pas par les poignées.
Éviter les positions forcéesJamais de prise en pince prolongée. Pas de déviation des doigts vers l'extérieur lors des prises.
Alterner effort et reposPauses régulières. Planifier les tâches difficiles quand la douleur est moindre (souvent en fin de matinée).
Respecter la douleurLa douleur est un signal d'alarme. Si une activité provoque une douleur persistante, trouvez une autre façon de la faire.
Adapter l'environnementModifier son domicile et son poste de travail pour réduire les contraintes articulaires au quotidien.

Conseils détaillés par activité

Cuisine & alimentation

  • Ouvre-bocaux à fixation murale ou électriques
  • Ustensiles à poignées larges et épaisses (économes, couteaux, casseroles)
  • Couper les légumes en s'aidant d'un plan de travail stable
  • Planche à découper avec picots (maintient les aliments sans les pincer)
  • Gants antidérapants pour tenir les récipients
  • Préférer les robinets à levier plutôt qu'en rotation
  • Plateaux avec poignées larges pour déplacer les plats

Prise ergonomique clé : Portez les récipients à plat dans la paume, pas par l'anse. Évitez de pincer avec pouce + index.

Écriture et bureau

  • Stylos et crayons épais (diamètre 1,5–2 cm) avec grip souple en mousse
  • Guides-stylo et manchons amortisseurs disponibles en pharmacie
  • Position au clavier : coudes à 90°, poignets dans l'axe (ni fléchis ni en extension)
  • Repose-poignets devant le clavier et la souris
  • Souris ergonomique verticale (réduit la rotation du poignet)
  • Dictée vocale pour réduire la frappe (applications disponibles sur téléphone et ordinateur)
  • Pause de 5 min toutes les 45 min : exercices de mobilisation rapide

Règle d'or : Si écrire 5 min déclenche une douleur qui dure plus d'une heure, consultez l'ergothérapeute pour adapter votre matériel.

Jardinage

  • Outils à manches longs pour éviter les prises en pince répétées
  • Gants de jardinage à coussinets palmaires (amortissent les vibrations)
  • Sécateurs ergonomiques à ressort de rappel automatique
  • Arrosoir à balance centrale (porte le poids dans la paume, pas en prise)
  • Genouillères pour ne pas forcer sur les mains en se relevant
  • Travailler en position debout ou assis sur un siège de jardin
  • Sessions courtes : 20 min max, puis pause de 10 min

Conseil : Portez l'orthèse de pouce avant de jardiner, même si vous n'avez pas encore mal. Préventif.

Ménage & entretien

  • Balai-éponge à tête pivotante (pas de torsion des poignets)
  • Aspirateur à manche long télescopique, modèle léger
  • Gants ménagers épais pour protéger les articulations
  • Distributeurs de savon ou shampooing à pompe (jamais à vis)
  • Commandes de robinetterie à levier ou capteur
  • Brosse à dents électrique (réduit les rotations du poignet)
  • Essorage des serpillières avec pied plutôt qu'avec les mains

Organisation : Alternez les tâches légères et lourdes. Ne faites jamais tout en une seule fois le même jour.

Habillage et hygiène

  • Enfile-boutons pour fermer les chemises sans pincer
  • Velcro à la place des boutons (habillage adapté)
  • Chausse-pieds à long manche pour les chaussures
  • Brosse à dos avec poignée large pour le bain
  • Couvercles de flacons à pompe, jamais à vis
  • Robinets de douche mitigeur à levier
  • Barre d'appui dans la douche (sécurité et moindre effort)

Astuce : L'ergothérapeute peut faire un bilan à domicile et proposer des aménagements pour chaque pièce. Non remboursé par l'Assurance Maladie, mais financé dans certains cas par les caisses de retraite (diagnostic « Bien chez moi » de l'Agirc-Arrco, après 75 ans) ou par certaines mutuelles.

Conduite et déplacements

  • Couvre-volant épais en mousse (réduit la prise en pince)
  • Aide à la fermeture de la ceinture (prolongateur de boucle)
  • Adaptation des commandes si nécessaire (ergothérapeute spécialisé en conduite)
  • Sac à dos plutôt que sac à main (répartit le poids)
  • Caddie ou trolley pour les courses (évite le port de sacs)
  • Clé de voiture télécommandée plutôt que clé mécanique

Important : Si vous conduisez et ressentez une faiblesse importante du pouce, consultez pour évaluer si cela affecte la sécurité.

Téléphone, tablette et loisirs

  • Support de téléphone : ne jamais tenir longtemps avec les doigts
  • Stylet à bout large pour naviguer sur écran tactile
  • Commande vocale pour les SMS et appels
  • Support de livre ou liseuse avec support (pas de tenue manuelle prolongée)
  • Pour la couture et le tricot : dés et aides à l'enfilage
  • Instruments de musique : consultez un ergothérapeute pour adapter la pratique
  • Jeux de cartes : porte-cartes évitant de tenir les cartes à la main

Vie professionnelle

  • Déclaration en maladie professionnelle si l'arthrose est liée au travail manuel
  • Étude de poste avec ergothérapeute du travail (service de santé au travail)
  • Adaptation du matériel prise en charge par l'AGEFIPH (si handicap reconnu)
  • Aménagement du temps de travail possible (mi-temps thérapeutique)
  • Reclassement professionnel si les gestes sont incompatibles

Droits : Renseignez-vous auprès de votre médecin du travail et de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) pour les aides disponibles.

Comment obtenir une séance d'ergothérapie ? Votre médecin prescrit une ordonnance pour "bilan ergothérapique et rééducation de la main". Les séances en cabinet libéral ne sont pas remboursées par l'Assurance Maladie (elles le sont à l'hôpital et dans certaines structures). Renseignez-vous également auprès des réseaux de soins de votre mutuelle pour connaître les praticiens conventionnés proches de chez vous.

Chapitre 6 sur 9

Médicaments — Ce que la science recommande

Ce que la science recommande

MédicamentPreuveUtilisation recommandéePoints d'attention
Anti-inflammatoires en gel
(diclofénac, kétoprofène)
A — 1re intention4 fois/jour sur l'articulation douloureuse. Préféré aux comprimés (moins d'effets secondaires).Ne pas s'exposer au soleil avec le kétoprofène gel (risque de brûlure cutanée).
ParacétamolB — ModesteDouleurs légères à modérées. Efficacité limitée dans l'arthrose de la main selon données récentes.Maximum 3 g/jour après 65 ans. Dangereux pour le foie si surdosage.
Anti-inflammatoires comprimés
(ibuprofène, naproxène, célécoxib)
A — Courte duréePoussées douloureuses, 5–10 jours max. Toujours avec un protecteur de l'estomac après 60 ans.Déconseillés si maladie du rein, du cœur, ulcère.
Chondroïtine sulfateB — Traitement de fond1 g à 1,2 g par jour selon le produit, 3 mois, hors poussée. Améliore douleur et fonction. Recommandé par l'EULAR ; la HAS juge son service médical rendu insuffisant. Non remboursé.Déconseillé avec anticoagulants. Vendu sans ordonnance : demandez l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien.
Morphine et dérivésNon recommandéÀ éviter. Les risques dépassent très largement les bénéfices dans l'arthrose de la main.Ne jamais prendre sans avis médical.

Non recommandés

Aucun médicament modificateur de la maladie (méthotrexate, biothérapies, hydroxychloroquine) n'a démontré son efficacité dans l'arthrose de la main.

Chapitre 7 sur 9

Injections dans les articulations

Cortisone et acide hyaluronique

Cortisone — Articulations des doigts (IPD/IPP)

B — Poussée sévère

Peut être proposée en cas de poussée inflammatoire sévère d'une articulation des doigts ne répondant pas au traitement habituel. C'est l'option la mieux validée pour cette localisation.

À discuter si une articulation est très gonflée et douloureuse malgré les traitements.

Cortisone — Base du pouce (rhizarthrose)

Preuves insuffisantes

Les injections de cortisone à la base du pouce n'ont pas apporté la preuve de leur efficacité dans les études. Souvent proposées, mais bénéfice très incertain selon les données actuelles.

Acide hyaluronique — Main

Non recommandé

Pas d'efficacité démontrée dans l'arthrose de la main (y compris à la base du pouce). Situation différente de l'arthrose du genou.

N'hésitez pas à demander à votre médecin quelle articulation est ciblée et quel est le niveau de preuve attendu. Une décision partagée est toujours préférable.

Chapitre 8 sur 9

Chirurgie — Quand et comment ?

Trapézectomie, arthrodèse, prothèse IPP

La chirurgie est envisagée en dernier recours, après au moins 6 mois de traitements médicaux et rééducatifs bien conduits sans résultat suffisant. Son objectif est de supprimer la douleur, pas de "réparer" le cartilage (irréparable).

Conditions préalables

Douleurs persistantes malgré le gel anti-inflammatoire, les exercices réguliers, les orthèses et éventuellement les injections. Retentissement significatif sur la vie quotidienne.

Options chirurgicales illustrées

Rhizarthrose — Trapézectomie

Base du pouce : le trapèze, petit os entre le pouce et le poignet, est usé par l’arthrose.Le chirurgien retire le trapèze usé.L’espace est comblé par un tendon replié en boule : la douleur disparaît et le pouce reste mobile.

Résultats excellents

  1. AVANTTrapèze usé — à retirerScaphoïde
  2. GESTE OPÉRATOIRERésection du trapèzeTendon prélevé replié en boule pour combler l'espace
  3. APRÈSTendon interposéDouleur supprimée · Mobilité conservée · Guérison : 3 à 6 mois

Principe : Le trapèze (petit os usé à la base du pouce) est retiré. L'espace est comblé par un tendon du poignet replié en boule pour maintenir la stabilité.

  • Opération la plus fréquente pour la rhizarthrose
  • Anesthésie locale ou générale courte — ambulatoire
  • Attelle rigide pendant 6 semaines
  • Rééducation ensuite : 2 à 4 mois

Résultats

Nette diminution de la douleur chez la plupart des patients
Récupération fonctionnelle : 3 à 6 mois
Reprise activité légère : 6 à 8 semaines

Arthrose du bout du doigt (IPD) — Arthrodèse (blocage par vis)

L’articulation du bout du doigt est détruite par l’arthrose, avec des nodosités.Les surfaces articulaires abîmées sont retirées et une vis est préparée dans l’axe du doigt.Les deux os sont soudés par une vis : l’articulation ne bouge plus mais ne fait plus mal.

Douleur supprimée durablement

  1. AVANTP2Arthrose IPD cartilage détruit · Ostéo- phytes · P3
  2. GESTE OPÉRATOIRERésection articulaireMise en place d'une vis axiale pour solidariser P2 et P3
  3. APRÈSFusion osseuseTête de vis · Vis solidarise P2 + P3 · Plus aucune douleur · Articulation stable et indolore · Consolidation : 2 à 3 mois

Principe : Les surfaces articulaires usées sont retirées et les deux os (P2 et P3) sont soudés ensemble grâce à une vis axiale. L'articulation ne bouge plus, mais la douleur disparaît totalement.

  • Pour les arthroses du bout des doigts (IPD) très douloureuses
  • Chirurgie ambulatoire (pas d'hospitalisation)
  • Attelle 6 à 8 semaines
  • Perte de flexion du bout du doigt — fonctionnalité bien conservée

Résultats

Suppression quasi-totale de la douleur
Consolidation osseuse : 2 à 3 mois
Opération durable et fiable

Arthrose du milieu du doigt (IPP) — Prothèse articulée

L’articulation du milieu du doigt est usée.L’implant comprend deux tiges en métal et une pièce en plastique médical sur laquelle elles glissent.La prothèse remplace l’articulation : le doigt plie de nouveau, sans douleur.

Mobilité conservée

  1. AVANTP1Arthrose IPP pincement + douleur · Bouchard · P2
  2. L'IMPLANT PROTHÉTIQUEComposant fémoral (métal chromé-cobalt)Tige dans P1 · Cupule polyéthylène (plastique médical) · Tige dans P2 · Articulation reconstituée : métal glisse sur polyéthylène mouvement naturel conservé
  3. APRÈSMétalPolyéthylène · Douleur très réduite · Flexion du doigt conservée · Durée : 10 à 15 ans

Principe : L'articulation usée est remplacée par une prothèse en deux parties : un composant en métal (côté phalange proximale) et une cupule en polyéthylène (plastique médical). Le doigt conserve sa capacité de flexion.

  • Préféré pour les articulations du milieu (IPP) quand la mobilité est essentielle
  • Rééducation intensive post-opératoire indispensable
  • Durée de vie de la prothèse : 10 à 15 ans
  • Révision possible si nécessaire

Résultats

Douleur fortement réduite
Mobilité du doigt préservée
Récupération : 3 à 4 mois

Chapitre 9 sur 9

Quand consulter votre médecin ?

Consultation rapide ou programmée, suivi, tableau de suivi, ressources

Consultation rapide (dans la semaine)

  • Gonflement important + chaleur + rougeur intense d'un doigt → suspicion d'arthrite infectieuse ou goutte
  • Fièvre associée à une douleur articulaire
  • Douleur nocturne intense qui réveille régulièrement
  • Raideur matinale supérieure à 30 minutes
  • Perte rapide de force (chute d'objets fréquente)

Consultation programmée

  • Aggravation des douleurs malgré traitement bien suivi
  • Déformation progressive rapide d'un doigt
  • Gêne fonctionnelle importante (travail, loisirs, autonomie)
  • Souhait de discuter de la chirurgie ou de l'ergothérapie
  • Renouvellement d'orthèse ou de chondroïtine

Suivi régulier conseillé

  • Bilan annuel avec votre médecin traitant
  • Évaluation des exercices tous les 3 mois
  • Cure de chondroïtine : 3 mois, 2 fois/an si efficace
  • Adaptation du programme d'exercices selon l'évolution

Tableau de suivi personnel

Outil interactif · rien n'est enregistré

Tableau de suivi personnel

Tableau à remplir chaque semaine : douleur, raideur du matin, exercices, orthèse.

SemaineDouleur /10Raideur matinExercices ?Orthèse ?
Semaine 1/10 min Oui Oui
Semaine 2/10 min Oui Oui
Semaine 4/10 min Oui Oui
Semaine 6/10 min Oui Oui
Semaine 8/10 min Oui Oui
Semaine 12/10 min Oui Oui

Ressources utiles

YouTube : "arthrose main exercices kinésithérapeute"

Dr Jonathan Favre — Maison de Santé du Triolo — Villeneuve d'Ascq

Recommandations EULAR 2018, RecoMédicales 2025, Méta-analyse JOSPT 2024 (14 ECR, 1341 patients), Cochrane 2017, HAS. Document d'information patient — Ne remplace pas une consultation médicale.

Une question sur vos mains ? Parlez-en à votre médecin traitant.