L'essentiel en 5 points
- Le reflux est fréquent et bénin dans l'immense majorité des cas (10 à 20 % des adultes).
- Les règles d'hygiène de vie sont toujours la première étape : repas moins copieux, dîner tôt, tête du lit surélevée, moins d'alcool et de tabac, perte de poids si besoin.
- Symptômes ponctuels : alginates ou antiacides après les repas. Pas d'IPP en automédication plus de 14 jours.
- Un IPP pris depuis plus de 2 mois ne s'arrête jamais brutalement : on diminue sur 2 à 4 semaines.
- Difficulté à avaler, amaigrissement, vomissements de sang, selles noires : fibroscopie en urgence.
Votre situation
Les 7 chapitres
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Qu'est-ce que le reflux gastro-œsophagien ?
L'acide de l'estomac remonte dans l'œsophage
Définition
Le reflux gastro-œsophagien (RGO), c'est la remontée du contenu acide de l'estomac vers l'œsophage, le tube qui relie la gorge à l'estomac. Quand l'acide remonte souvent, il irrite l'œsophage. Normalement, un muscle en anneau (le sphincter) ferme le bas de l'œsophage après le passage des aliments ; en cas de reflux, il se relâche mal ou ne ferme pas bien.
Les symptômes
Typiques :
- Brûlures qui remontent du creux de l'estomac vers la gorge.
- Remontées de liquide acide ou amer dans la bouche.
- Aggravées après les repas, allongé ou penché en avant.
Moins connus :
- Toux chronique (surtout la nuit), voix enrouée.
- Douleur dans la poitrine (qui peut ressembler à une douleur du cœur).
- Sensation de boule dans la gorge.
- Laryngites ou sinusites répétées, usure de l'émail des dents.
Ce qui favorise le reflux
- Surpoids, graisse au niveau du ventre.
- Hernie hiatale (le haut de l'estomac glisse dans la poitrine).
- Grossesse.
- Tabac, alcool.
- Repas trop copieux, trop gras ou trop tardifs ; café, chocolat, menthe, jus de fruits acides.
- Certains médicaments (anti-inflammatoires, certains traitements du cœur et de la tension).
- Stress et anxiété.
Le reflux se reconnaît sur les symptômes : quand ils sont typiques, aucun examen n'est nécessaire au départ.
Signes d'alarme et fibroscopie
Quand il faut regarder l'œsophage
Consultez en urgence si
- Les aliments bloquent ou passent mal en avalant.
- Avaler est douloureux.
- Vous vomissez souvent, ou vous vomissez du sang.
- Vos selles sont noires (saignement digestif possible).
- Vous maigrissez sans raison.
- Vous avez une douleur de poitrine intense : elle doit d'abord faire éliminer une cause cardiaque (15).
Consultez rapidement, sans urgence, si
- Les symptômes résistent à 4 à 8 semaines de traitement bien suivi.
- Ils reviennent vite après l'arrêt du traitement.
- Vous avez seulement une toux chronique ou une voix enrouée.
- Vous avez plus de 50 ans et des symptômes récents ou qui changent.
- Un parent proche a eu un cancer de l'œsophage ou de l'estomac.
La fibroscopie (endoscopie digestive haute)
Un tube fin et souple avec une caméra, passé par la bouche, permet de voir l'œsophage, l'estomac et le début de l'intestin, de faire des prélèvements et de rechercher une bactérie (Helicobacter pylori). Elle est proposée en cas de signes d'alarme, de symptômes atypiques, après 50 ans, avant un traitement au long cours ou une chirurgie.
Elle est normale dans plus de la moitié des cas de reflux : cela veut dire qu'il n'y a pas de complication, pas qu'il n'y a pas de reflux. En cas de doute, une pH-métrie (mesure de l'acidité sur 24 heures) peut être proposée.
Les règles d'hygiène de vie
Toujours la première étape, même avec un médicament
Ces mesures réduisent nettement les symptômes chez beaucoup de personnes et permettent de diminuer les médicaments. Elles restent toujours recommandées, même si un médicament est prescrit.
À privilégier
- 3 repas à heures régulières, dans le calme, bien mâchés.
- Portions modérées : mieux vaut fractionner qu'un gros repas.
- Légumes, fruits non acides, viandes maigres, poissons, laitages allégés.
- L'eau, comme boisson pendant les repas.
- Marcher après les repas.
À éviter ou réduire
- Café, thé fort, chocolat, menthe.
- Alcool, vin.
- Aliments gras et frits.
- Jus de fruits acides, tomates et sauces tomate, épices fortes.
- Boissons gazeuses.
- Repas copieux le soir, se coucher moins de 2 à 3 heures après le dîner.
- Vêtements serrés à la taille.
Pour la nuit
- Surélevez la tête du lit de 10 à 15 cm avec des cales sous les pieds du lit, côté tête : plus efficace que des oreillers.
- Dormez plutôt sur le côté gauche.
- Attendez au moins 2 à 3 heures après le dîner avant de vous coucher.
Et aussi
- Arrêter le tabac améliore nettement les symptômes : voir le guide Arrêter le tabac.
- Perdre du poids en cas de surpoids : chaque kilo compte.
- Gérer le stress : relaxation, sophrologie, thérapie si besoin.
Les traitements sans ordonnance
Antiacides, alginates, IPP en automédication
| Médicament | Comment il agit | Comment le prendre | Efficacité |
|---|---|---|---|
| Antiacides (Maalox®, Xolaam®, Rennie®, Topaal®, Phosphalugel®) | Neutralisent l'acide déjà présent ; action immédiate mais courte (30 à 60 minutes) | Au moment des brûlures ou 1 heure après les repas ; pas en traitement de fond ; à éviter en cas de maladie des reins | Soulagement rapide, preuves modestes |
| Alginates (Gaviscon®, Reduflux®) | Forment un gel qui flotte sur le contenu de l'estomac et fait barrière | Après les repas et au coucher ; idéal pendant la grossesse ; attention au sel en cas d'hypertension | Bonne efficacité sur les remontées, bien tolérés |
| IPP sans ordonnance (oméprazole, ésoméprazole, pantoprazole à faible dose) | Réduisent durablement la production d'acide ; efficacité complète en 2 à 3 jours | 1 gélule par jour, 15 à 30 minutes avant le petit-déjeuner ; 14 jours au maximum sans avis médical | Très efficaces |
| Pansements gastriques (Smecta®, Polysilane®…) | Film protecteur sur la muqueuse | Après les repas, à 2 heures d'écart des autres médicaments | Preuves limitées dans le reflux |
Si les symptômes persistent après 2 semaines d'IPP en automédication, consultez un médecin.
Les traitements sur ordonnance
Des médicaments très efficaces, à utiliser pour la durée la plus courte
Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP)
Oméprazole, ésoméprazole, lansoprazole, pantoprazole, rabéprazole : c'est le traitement de référence. Ils cicatrisent l'œsophagite dans 80 à 90 % des cas en 8 semaines.
- 1 prise par jour, 15 à 30 minutes avant le petit-déjeuner (ou avant le repas principal).
- Durée : 4 à 8 semaines, puis on fait le point.
- S'ils sont prolongés, on cherche régulièrement la dose la plus faible efficace.
Trop souvent prescrits
D'après la HAS, une grande partie des IPP pris en France ne sont pas nécessaires. Ils sont sûrs à court terme, mais pas anodins pendant des années (voir le chapitre suivant). Ne les prenez pas sans raison précise.
Les autres traitements
- Alginates sur ordonnance : bonne alternative ou complément des IPP, utilisables au long cours avec plus de sécurité.
- Médicaments qui accélèrent la vidange de l'estomac (dompéridone, métoclopramide) : plus recommandés dans le reflux (risques cardiaques et neurologiques).
- Chirurgie (intervention de Nissen, par cœlioscopie) : réservée aux reflux sévères, confirmés par les examens, mal contrôlés par les médicaments. Très efficace (80 à 85 %), mais peut gêner pour avaler ou pour roter.
IPP au long cours : effets à connaître et arrêt progressif
Si vous en prenez depuis plus de 2 à 3 mois
| Effet possible | Pourquoi | Que faire |
|---|---|---|
| Manque de magnésium | Moins bien absorbé | Signes : crampes, fatigue, palpitations. Dosage annuel après 65 ans ou avec des diurétiques |
| Manque de vitamine B12 | L'acide aide à l'absorber | Signes : fatigue, anémie, fourmillements. Dosage après 1 an chez la personne âgée ou végétarienne |
| Fragilité des os | Calcium moins bien absorbé | Surtout après 5 ans de traitement, chez la personne âgée ou sous cortisone |
| Plus d'infections digestives et respiratoires | L'acide de l'estomac est une barrière contre les microbes | Signalez toute diarrhée qui dure |
| Atteinte des reins | Rare | Contrôle de la fonction des reins chez les personnes à risque |
L'effet rebond : pourquoi on n'arrête jamais d'un coup
Après plus de 2 mois d'IPP, l'estomac « compense » en fabriquant plus d'acide. À l'arrêt brutal, des brûlures intenses apparaissent pendant quelques semaines et font croire, à tort, que le traitement est indispensable.
- Diminuez progressivement sur 2 à 4 semaines, avec votre médecin (demi-dose, puis un jour sur deux).
- Passez le cap avec des alginates ou des antiacides au besoin.
- Essayez au moins une fois par an de réduire la dose pour vérifier qu'elle est encore utile.
En résumé : les 7 règles essentielles
Ce qu'il faut retenir
- Les règles d'hygiène de vie sont toujours la première étape : moins de café, d'alcool, de repas copieux tardifs, de tabac et de surpoids.
- Pour des symptômes ponctuels : antiacides ou alginates après les repas. Pas d'IPP en automédication plus de 14 jours.
- Les IPP se prennent 15 à 30 minutes avant le repas, 4 à 8 semaines, puis on refait le point.
- Ne jamais arrêter brutalement un IPP pris depuis plus de 2 mois : diminuez progressivement.
- Consultez vite si vous avez du mal à avaler, maigrissez, vomissez du sang ou avez des selles noires.
- Une fibroscopie est indiquée après 50 ans, en cas de symptômes atypiques ou résistants.
- Vous prenez un IPP depuis longtemps ? Parlez-en à votre médecin : il n'est peut-être plus nécessaire.
- Ballonnements et côlon irritableGuide de la maison de santé
- Obésité et surpoidsGuide de la maison de santé
- Arrêter le tabacGuide de la maison de santé
- Reflux et coliques du bébéGuide de la maison de santé
Guide réalisé d'après la fiche patient du Dr Favre « Reflux gastro-œsophagien 2026 », les recommandations de la HAS sur le bon usage des inhibiteurs de la pompe à protons (2020, 2024), de la Société nationale française de gastro-entérologie et le consensus franco-belge sur le reflux. Ces informations sont générales : elles ne remplacent pas l'avis de votre médecin.
Vous prenez un IPP depuis des mois ? Parlez-en à votre médecin traitant : il est souvent possible de diminuer la dose ou de l'arrêter progressivement.