L'essentiel en 5 points
- La migraine est une maladie neurologique fréquente (1 Français sur 5), pas un simple mal de tête. Elle se traite efficacement.
- Prenez le traitement de crise dès le début de la douleur : il marche beaucoup mieux que si l'on attend.
- Pas plus de 10 jours par mois de médicaments de crise : au-delà, ils entretiennent les maux de tête.
- Régularité du sommeil, des repas, de l'eau et de l'activité physique : les meilleurs alliés contre les crises.
- Mal de tête brutal et violent, avec fièvre et raideur de nuque, ou paralysie : appelez le 15.
Votre situation
Les 7 chapitres
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Qu'est-ce que la migraine ?
Une maladie neurologique, avec ou sans aura
Une maladie fréquente et reconnue
La migraine est une maladie neurologique chronique qui donne des crises répétées de maux de tête. Elle touche 21 % des adultes en France, 3 fois sur 4 des femmes, et commence souvent entre 20 et 40 ans. C'est la 2e cause de handicap chez les personnes jeunes dans le monde (OMS).
La migraine sans aura (8 cas sur 10)
Au moins 5 crises qui durent 4 à 72 heures sans traitement, avec au moins deux de ces caractères :
- Douleur souvent d'un seul côté.
- Douleur qui bat au rythme du cœur.
- Intensité modérée à sévère.
- Aggravée par l'effort physique habituel (monter un escalier).
Et au moins un signe d'accompagnement : nausées ou vomissements, ou gêne par la lumière et le bruit.
La migraine avec aura (2 cas sur 10)
L'aura précède le mal de tête : elle dure en général 5 à 60 minutes, et chaque signe s'installe progressivement.
- Signes visuels, les plus fréquents : points lumineux, zigzags, tache aveugle qui s'étend.
- Fourmillements ou engourdissement d'un bras ou du visage, qui se déplacent lentement.
- Plus rarement, difficulté à trouver ses mots.
Les 4 phases d'une crise
- Heures avant
Signes annonciateurs : fatigue, irritabilité, bâillements, envie de sucré, raideur de nuque, gêne à la lumière.
- 5 à 60 min
Aura, si elle existe.
- 4 à 72 h
Mal de tête qui bat, nausées, vomissements, gêne à la lumière et au bruit : besoin de repos.
- 24 à 48 h
Récupération : épuisement ou au contraire euphorie, difficultés de concentration.
Les facteurs déclenchants
Les repérer pour mieux prévenir les crises
| Domaine | Déclencheurs fréquents |
|---|---|
| Sommeil | Manque de sommeil, grasse matinée, décalage horaire |
| Alimentation | Sauter un repas, alcool (surtout le vin rouge), trop de café ou manque de café, parfois certains fromages, chocolat, aliments fermentés |
| Stress et émotions | Stress intense, ou au contraire détente soudaine (week-end, vacances), émotions fortes |
| Eau | Ne pas boire assez dans la journée |
| Environnement | Lumières vives ou clignotantes, odeurs fortes, bruit, chaleur, changements de temps, altitude |
| Hormones | Règles (chute des œstrogènes), pilule, grossesse, ménopause |
| Médicaments | Certains traitements du cœur et de la tension ; surtout, l'excès d'antidouleurs |
L'agenda des crises
Pour chaque crise, notez : la date, l'heure de début, la durée, l'intensité de 0 à 10, la présence d'une aura, ce qui l'a peut-être déclenchée, le médicament pris (nom et dose) et son effet au bout de 2 heures, et si vous avez dû arrêter vos activités.
À la fin du mois : nombre de jours de migraine, nombre de jours avec un médicament de crise, nombre de jours d'arrêt d'activité. C'est l'outil indispensable pour votre médecin ; un carnet ou une application conviennent.
Le traitement de la crise
Le plus tôt possible, dès les premiers symptômes
Règle d'or : prenez votre traitement dès le début de la douleur (ou dès la fin de l'aura). Il est bien plus efficace que si vous attendez que la douleur soit au maximum.
| Étape | Traitement | À savoir |
|---|---|---|
| 1 | Anti-inflammatoire (ibuprofène 400 mg, naproxène 500 mg) ou aspirine 1 000 mg | Au milieu d'un repas. En cas de nausées, votre médecin peut ajouter un médicament contre les nausées. On juge l'efficacité après 3 crises. |
| 2 | Triptans (sumatriptan, rizatriptan, almotriptan, élétriptan, naratriptan, frovatriptan), sur ordonnance | Spécifiques de la migraine. Si l'un ne marche pas, un autre peut marcher. En cas de vomissements : spray nasal, injection ou suppositoire. Interdits en cas de maladie des artères du cœur, d'AVC, d'hypertension mal contrôlée, de grossesse. |
| 3 | Anti-inflammatoire et triptan ensemble | Pour les crises sévères, ou si l'un seul ne suffit pas. |
| Si les triptans sont interdits | Rimégépant, sur ordonnance | Nouveau médicament, non remboursé. |
- Codéine, tramadol, morphineInefficaces sur la migraine, et ils favorisent les maux de tête chroniques
- Paracétamol seulPeu efficace dans la migraine, et favorise l'abus de médicaments
- Tranquillisants (benzodiazépines)Aucun effet sur la migraine
- Dérivés de l'ergot de seiglePlus recommandés
Attention à l'excès de médicaments
Quand les antidouleurs entretiennent les maux de tête
Les céphalées par abus de médicaments
Si vous prenez des médicaments de crise (triptans, anti-inflammatoires, paracétamol, aspirine) plus de 10 jours par mois pendant plus de 3 mois, ils peuvent aggraver vos maux de tête et vous donner mal à la tête presque tous les jours.
Signes d'alerte : mal de tête quotidien ou presque, qui s'améliore un moment après le médicament puis revient.
Parlez-en à votre médecin sans attendre : un sevrage accompagné et un traitement de fond permettent d'en sortir.
Les maux de tête chroniques quotidiens
On parle de céphalées chroniques quotidiennes quand on a mal à la tête plus de 15 jours par mois depuis plus de 3 mois. Elles regroupent la migraine chronique, les céphalées de tension et les céphalées par abus de médicaments. Les approches sans médicament (chapitre suivant) y sont indispensables, avec un suivi par le médecin, et parfois un psychologue et un kinésithérapeute.
Le traitement de fond
Pour espacer les crises
Quand y penser ?
- Crises ou prise de traitement de crise 8 jours par mois ou plus, depuis au moins 3 mois.
- Crises qui obligent à tout arrêter dans au moins la moitié des cas.
- Crises invalidantes malgré un traitement de crise bien pris.
- Fort retentissement sur la vie quotidienne (questionnaire HIT-6 en consultation).
- Migraine chronique (15 jours de maux de tête par mois ou plus).
Objectif : diviser au moins par deux le nombre de crises. On juge l'effet après 3 mois.
| Médicament (sur ordonnance) | À savoir |
|---|---|
| Bêtabloquants (propranolol, métoprolol) | Premier choix, bien tolérés, possibles pendant la grossesse ; pas en cas d'asthme ; ne jamais arrêter brutalement |
| Amitriptyline, le soir | Utile s'il y a aussi des troubles du sommeil ; somnolence, prise de poids, bouche sèche |
| Candésartan | Bien toléré ; interdit pendant la grossesse |
| Topiramate | Efficace, mais troubles de la concentration et fourmillements ; interdit chez la femme pouvant être enceinte sans contraception efficace ; début souvent par le neurologue |
| Anticorps anti-CGRP (injections mensuelles) | Pour les migraines sévères après échec d'au moins 2 traitements ; prescrits par le neurologue ; non remboursés en France |
Migraine avec aura et contraception
Les contraceptions contenant des œstrogènes (pilule combinée, anneau, patch) sont contre-indiquées en cas de migraine avec aura : elles augmentent le risque d'AVC. Préférez une pilule progestative seule, un stérilet ou l'implant. Voir le guide Contraception.
Autres situations
- Migraine des règles : même traitement de crise ; un traitement autour des règles peut être discuté avec le médecin.
- Grossesse : la plupart des traitements sont interdits ; le paracétamol est autorisé ; demandez toujours l'avis du médecin avant tout médicament.
Les mesures sans médicament
Elles réduisent la fréquence des crises
| Mesure | En pratique |
|---|---|
| Régularité du sommeil | Horaires fixes de coucher et de lever, même le week-end ; pas de grasse matinée ; écrans éteints 1 heure avant le coucher |
| Activité physique | Au moins 30 minutes d'endurance modérée (marche, vélo, natation), ou 3 séances de 40 minutes par semaine ; commencer par 20 minutes 2 fois par semaine et augmenter sur 4 à 6 semaines |
| Repas réguliers | Ne jamais sauter de repas, petit-déjeuner indispensable, pas de jeûne prolongé |
| Eau | Au moins 1,5 litre par jour |
| Caféine | Modérée et régulière, pas après 14 heures |
| Écrans | Une pause toutes les 20 minutes en regardant au loin |
Gérer le stress
Les thérapies comportementales, la relaxation et le biofeedback réduisent la fréquence des crises, avec une efficacité proche de certains traitements de fond.
- Respiration lente : inspirez par le nez 4 secondes en gonflant le ventre, retenez 7 secondes, soufflez lentement par la bouche 8 secondes ; 4 à 6 fois, 2 fois par jour.
- Relaxation musculaire : contractez 5 secondes puis relâchez 30 secondes chaque groupe de muscles, des pieds au visage.
- Entraînez-vous en dehors des crises, pour pouvoir utiliser ces techniques dès les signes annonciateurs.
- Une thérapie cognitive et comportementale (8 à 12 séances) aide à sortir des pensées qui entretiennent la douleur et à reprendre les activités évitées.
Compléments
Magnésium (300 mg par jour), vitamine B2 (riboflavine, 400 mg par jour) et coenzyme Q10 peuvent réduire un peu la fréquence des crises. Sans danger, ils peuvent compléter le traitement.
Quand consulter en urgence ?
Un mal de tête qui ne ressemble pas à votre migraine
Appelez le 15 ou allez aux urgences si :
- Le mal de tête commence brutalement, très fort en moins d'une minute (« le pire mal de tête de ma vie »).
- Il s'accompagne de fièvre et de raideur de la nuque, ou de confusion.
- Une paralysie, un trouble de la vision ou de la parole persiste après la crise.
- Une aura dure plus d'une heure, commence brutalement, ou survient sans mal de tête pour la première fois.
- C'est un premier mal de tête sévère après 50 ans.
- Le mal de tête s'aggrave progressivement sur plusieurs semaines.
- Il apparaît pour la première fois pendant un effort, une toux ou un rapport sexuel.
En résumé : les 6 règles essentielles
- Prenez votre traitement de crise dès le début des symptômes.
- Ne dépassez pas 10 jours par mois de traitement de crise.
- Repérez vos déclencheurs avec l'agenda des crises.
- Régularité chaque jour : sommeil, repas, eau, activité physique.
- 8 crises par mois ou plus, ou crises très invalidantes : parlez d'un traitement de fond.
- Migraine avec aura : pas de pilule avec œstrogènes.
- Sommeil et insomnieGuide de la maison de santé
- ContraceptionGuide de la maison de santé
- Ma douleurGuide de la maison de santé
- Urgences et soins du jourGuide de la maison de santé
Guide réalisé d'après la fiche patient du Dr Favre « Migraine 2026 » et la fiche « Céphalées chroniques quotidiennes » du dossier Documents patient, les recommandations de la Société française d'étude des migraines et céphalées (2021), la classification internationale des céphalées (ICHD-3) et la HAS. Ces informations sont générales : elles ne remplacent pas l'avis de votre médecin.
Vos crises reviennent souvent ? Apportez votre agenda des crises à votre médecin traitant : il pourra adapter le traitement de crise et discuter d'un traitement de fond.